Cistude

 

 
16ème assemblée générale ordinaire - Dimanche 7 mars 2004 - Buzançais

Rapport moral présenté par le président Camille Van Beusekom

Rétrospective 2003

Chères adhérentes, chers adhérents, Mesdames et messieurs les invités,

L'année 2003 s'est déroulée pour Indre Nature dans un contexte bien mémorable. Les sondages nationaux mais également nos propres discussions à l'occasion d'animations nature nous le prouvent : plus que jamais la protection de l'environnement est au cœur des préoccupations des français. Ils découvrent également leur patrimoine naturel. Ainsi, l'écotourisme et la recherche de la faune et de la flore sauvages deviennent toujours plus populaires, ce qui montre aussi l'intérêt économique du patrimoine naturel.

Et bien évidemment, le politique emboîte le pas ! Le développement durable est vite devenu un mot clef dans presque tous les domaines publics.

Le Gouvernement lance une stratégie sur cette thématique, en même temps qu'une charte pour l'environnement, établissant dans la Constitution de la République le droit de chacun à vivre dans un environnement sain.

Parallèlement, le Président de la République en personne positionne la biodiversité au premier plan des grands chantiers de l'Etat, dont le fer de lance serait une Stratégie de la France pour la Biodiversité, lancé par Madame Bachelot-Narquin il y a quelques semaines. Elle annonce une mobilisation politique sans précédent. Et les ambitions affichées ne sont pas des moindres : la perte de la biodiversité sera stoppé d'ici 2010 !

Vous le voyez : la société française se réveille enfin ! Et enfin l'Etat va s'attaquer aux enjeux importants, ceux là même pour lesquels Indre Nature et tant d'autres associations militent déjà depuis si longtemps sans être vraiment écoutées.

Stopper la perte de la biodiversité : n'est-ce pas mission impossible en France ? Certainement pas !
Mais il faut pour cela disposer de quelques mesures structurelles :

  • un cadre juridique solide,
  • un programme national avec des priorités basées sur la connaissance des espèces sauvages, des milieux où elles vivent et de leur état de conservation,
  • un ensemble de services de l'Etat bien équipés et compétents,
  • des budgets sérieux, adaptés aux besoins réels,
  • et surtout, des propositions sérieuses pour contractualiser des mesures de conservation du patrimoine naturel auprès des propriétaires et des gestionnaires du foncier, en particulier les agriculteurs.

Or, rien de tout cela n'existe, ou si peu ! Voyons comment l'Etat s'en occupe actuellement.

Prenons l'exemple des Contrats Territoriaux d'Exploitation, outil essentiel. Souvenez-vous : ce dispositif agro-environnemental - comprenez l'octroi d'aides financières aux agriculteurs mettant en oeuvre des pratiques de gestion favorables au patrimoine naturel et à la qualité de l'eau - a été supprimé en août 2002. Depuis naturalistes et agriculteurs désireux de s'engager attendent le nouveau dispositif des Contrats d'Agriculture Durable ou "C.A.D." Celui-ci est désormais presque prêt à être appliqué.

Pourtant, quelle déception ! Sans rentrer dans les détails, je puis vous assurer que ces C.A.D. ne contribueront en rien ou presque à la préservation de la biodiversité, pourtant affichée comme un enjeu prioritaire. Pourquoi ?

  • Premièrement, parce que le budget qui est alloué à ce dispositif est dérisoire au regard des besoins rééls, qu'il s'agisse du montant des enveloppes de crédits - lesquels n'autoriseraient dans l'Indre qu'une soixantaine de contrats par an - et du "plafond" départemental par contrat de cinq ans, fixé à 27 000 euros. D'où deux conséquences directes :
    • le nombre de contrats signés et donc les surfaces préservées seront très restreints,
    • par manque d'incitation financière, contractualiser des milieux remarquables n'aura aucun intérêt pour bon nombre d'agriculteurs, même ceux motivés par la protection de l'environnement.
  • Deuxièmement, les délais pour l'instruction des dossiers et la signature des contrats par les agriculteurs étant incroyablement courts et, de fait, beaucoup n'auront pas le temps matériel de constituer leurs dossiers.
  • Enfin, les priorités de zonage de mise en oeuvre dans l'Indre passent outre les engagements communautaires de la France. Ainsi, les C.A.D. en zone Natura 2000 ne sont pas prioritaires en 2004 dans notre département et on ne parle plus de la majoration de 20 % de certaines aides financières.

Le dispositif semble donc conçu pour l'échec.

Et l'avancement du réseau Natura 2000 ? Et les Zones Naturelles d'Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique ? Les choses traînent !

Mais au moins, pour sous-équipé qu'il est, l'Etat renforcera-t-il ses propres services et va-t-il s'appuyer d'avantage sur les associations de protection de la nature, formidable gisement de connaissances et de savoir-faire technique grâce à tout le travail que leurs bénévoles et leurs salariés ont su accomplir dans leurs domaines depuis 20 ou 30 ans, parfois plus ?

Bien au contraire : le Gouvernement coupe non seulement les crédits à ses administrations déconcentrées en charge de la nature et de l'environnement, mais il s'en prend également aux associations, en remettant en cause leur utilité et leurs budgets de fonctionnement. Ainsi, en juin 2003, nous avons dû nous défendre avec l'ensemble des associations fédérées par France Nature Environnement contre les attaques du Gouvernement. Grâce à nos efforts de communication et à l'écoute bienveillante des administrations locales, le pire a pu être évité.

Bien sûr, qu'un certain décalage entre les mots et les actes existe n'est hélas pas exceptionnel en politique. Mais il y reste toujours un minimum de crédibilité, nécessaire pour sauver les apparences et un minimum de cohésion pour agir.

Or, pour la nature, pour la biodiversité, ce "service minimum", si cher au Président Chirac, n'est même plus assuré par son Gouvernement et sa ministre dite "de l'Ecologie et du Développement Durable". Ceux-ci se moquent de leurs propres engagements, de leurs propres ambitions et des citoyens.

Cette perte totale de confiance en l'exécutif national est déroutant pour notre structure qui s'efforce, en toute bonne foi, et ce dans l'intérêt général, de défendre le patrimoine naturel et d'accompagner les pouvoirs publics dans leurs missions.

Plus grave encore - et c'est là mon opinion personnelle, chers adhérents, comme citoyen européen qui aime et respecte la France - ce mépris des forces vives et actives de la société et ce cynisme à leur égard est dangereux pour les valeurs de la République et pour la démocratie.

Tout cela est réellement déplorable.
Parce que dans notre département, comme dans la région, nous constatons un climat de plus en plus favorable pour la nature et la biodiversité chez les citoyens et les acteurs locaux comme chez les collectivités et les services publics.
Le courant commence à passer, même avec une partie du monde agricole.
Nos connaissances des espèces et du terrain sont désormais reconnues et de plus en plus recherchées, appréciées.
Les échanges se font sur le terrain, avec les propriétaires, les agriculteurs, les élus des communes.
La protection de la nature ne se fait pas dans les salles de réunions. La biodiversité se trouve dans la ruralité.
C'est là que nous voulons continuer à nous investir, à bâtir des partenariats.
Et si l'Etat fait défaut, comptons sur l'appui du Conseil Général de l'Indre, tout comme sur le Conseil régional du Centre ou encore les Pays.

Les médias se sont largement faits écho en 2003 des préoccupations de la société vis-à-vis de l'environnement. On a ainsi pu constater une forte augmentation de celles-ci dans l'actualité : énergies renouvelables, gestion des déchets, qualité de l'eau, qualité de l'air, catastrophes naturelles, mortalité des abeilles, …. Ces thématiques très variées, souvent très techniques et vastes suscitent l'intérêt de tout un ensemble de structures, pas toujours indépendantes, souvent commerciales. L'environnement représente désormais un marché gigantesque.

Indre Nature ne veut pas s'en mêler trop directement car ce n'est pas son rôle. L'association est plutôt prête à suivre les activités de ces structures pour, lorsque cela est nécessaire, dénoncer la mauvaise gestion de l'eau dans notre département par exemple, ou bien démasquer ce qui se cache derrière les belles apparences des éoliennes...