Fil d'Ariane
Ozans, un Méga Data Center qui interroge !
C’est quoi un Data Center (DC) ?
Un Data Center ou Centre de Données se compose de bâtiments physiques contenant des serveurs, des systèmes de stockage, des équipements réseau, ainsi que des dispositifs de sécurité et de refroidissement. La climatisation est impérative pour maintenir la température autour de 20°C.
Les projets de DC en France
48 projets de DC sont actuellement annoncés ou en voie de réalisation pour une puissance de 2100 MW*. Soit une puissance 3 x supérieure aux installations actuelles !
Et dans l’Indre ?
- Buzançais : projet Decknet (source NR). Début des travaux prévus en 2026, premier lot de 5 MW*, coût 30 millions d’euros. Puissance de 60 MW* prévue au total.
- Le Pêchereau : un projet à bas bruit. Un DC “miroir” porté par Google, semble-t-il (très peu d’informations parues).
- Ozans : le projet le plus important, porté par Google.
Que sait-on du DC d’Ozans ?
195 hectares ont été réservés pour une filiale de Google, Tricolore Computing. Ce serait le plus grand projet de DC en France en superficie. Un premier bâtiment de 110 MW* est projeté pour une mise en service en 2028/29.
Les 8 à 10 autres bâtiments prévus seraient en projet pour 2031/2035 pour une puissance totale finale de 1000 à 1200 MW*.
Une liaison nouvelle de plus de 10 km de ligne THT 400 000 volts serait installée entre la nouvelle ligne RTE et Ozans afin d’alimenter ce DC.
L’investissement serait de 1 milliard d’euros par bâtiment, autofinancé selon Google.
En termes de puissance, ce DC serait donc, en fin d’installation, un des 3 plus importants Data Center de France et d’Europe.
La consommation électrique serait gigantesque. En effet, un DC comme celui d’Ozans tourne 24h/24. Il fonctionnerait donc 8760 heures par an, ce qui représenterait une consommation annuelle maximale de 110 MW* X 8760h= 960 GWh** pour le premier bâtiment.
Leurs promesses pour ce projet
- Emplois : en phase d’exploitation, 100 emplois directs pourraient être créés pour chaque bâtiment. Il faudrait y ajouter les emplois indirects, non chiffrés, ainsi que les emplois induits, qui ne peuvent être que des hypothèses plus ou moins crédibles.
- Retombées fiscales : les différentes taxes ou impôts s’appliqueraient naturellement. À cela s’ajouterait la taxe sur les ouvrages de transport d’électricité, soit 6 460 € par pylône 400 kV versés annuellement aux collectivités locales par RTE.
- La « chaleur fatale » : désigne la chaleur résiduelle produite par le fonctionnement des serveurs, des systèmes de stockage et des équipements de refroidissement du datacenter. Une récupération partielle de cette énergie est envisagée, en vue de sa valorisation pour le chauffage urbain et des usages industriels. La commune de Diors est mentionnée comme site potentiellement concerné.
Interrogations et inquiétudes
Une consommation électrique hors norme: la puissance finale maximale de raccordement de 1 200 MW* conduirait à une consommation gigantesque. Il y aurait un risque de saturation du réseau.
- La sobriété aux oubliettes : les Data Center requièrent des réseaux électriques renforcés et nécessitent une production d’électricité qui va à l’encontre des engagements de sobriété énergétique.
- En concurrence avec d’autres usages : la consommation électrique de ce DC se surajouterait à l’augmentation de la demande en électricité induite par l’électrification des multiples usages indispensables à la décarbonation de notre économie. En cas de conflit d’usage, qui serait prioritaire ?
Un impact environnemental mal évalué :
Le projet est prévu sur des terres non encore artificialisées et toujours cultivées. Le SRADDET de la région Centre-Val de Loire donne la priorité absolue à la réutilisation des friches (bâtiments, zones déjà artificialisées) avant toute nouvelle consommation d’espace.
Comment serait récupérée, et à quel pourcentage, la gigantesque chaleur fatale produite par les équipements du DC ? Les utilisations potentielles de cette chaleur semblent largement hypothétiques (chauffage urbain, serres agricoles ?).
Impact sur le microclimat local. Avec la chaleur évacuée par ventilation, il y aurait un risque de création d’îlots de chaleur impactant jusqu’à 10 km autour du site selon plusieurs études internationales. En l’état, ce projet ne nous semble pas compatible avec les orientations du Schéma régional du climat, de l’air et de l’énergie (SRCAE).
Un enjeu de société : au-delà du projet d’Ozans une question sociétale est posée par l’accélération de la construction des DC et par l’envahissement de nos univers par l’intelligence artificielle générative. Dans quel type de société souhaitons-nous vivre ?
Les DC existent depuis de nombreuses années en France comme partout en Europe sans pour autant causer de conflits d’usage ou de problèmes majeurs, leur puissance étant bien inférieure à 30 MW. Aujourd’hui, le gigantisme et la puissance de ces DC nouvelle génération interpellent : à quels usages serait destinée cette puissance de calcul ?
D’autres enjeux devront encore être analysés si ce projet de DC venait à poursuivre sa route, les alternatives plus sobres à ces méga DC, le bilan carbone global, l’impact sur la biodiversité, la pollution atmosphérique potentielle, les impacts sonores, l’enjeu paysager, la souveraineté numérique…

Dominique Viard



