L'actualité : A Varennes-sur-Fouzon, une espèce de libellule supplémentaire
Mosaïque 37
Hiver 2003-2004

Le Champs des Iles, site en Espace Naturel Sensible sur la commune de Varennes-sur- Fouzon, constitué d’une île bordée par deux bras du Fouzon et régulièrement inondée, a fait l’objet d’un inventaire botanique réalisé par Indre Nature en 2002 (voir Mosaïques n° 32 et 35).

Cette expertise a permis de mettre en exergue de nombreuses espèces rares et protégées d’orchidées, de papillons ou encore de libellules.

Parmi ces dernières, la Cordulie à corps fin (Oxygastra curtisii), espèce protégée et inscrite aux annexes 2 et 4 de la directive “Habitats” a été trouvée en 2002.
Dans l’objectif de compléter l’inventaire, la Société Française d’Odonatologie (S.F.O.) a organisé une sortie le 28 juin 2003. C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons confirmé la présence de la Cordulie à corps fin en observant un accouplement et ajouté à la liste plusieurs espèces comme le Gomphe gentil (Gomphus pulchellus), le Gomphe à pinces (Onychogomphus forcipatus), les deux orthetrum les plus fréquents (Orthetrum cancellatum et Orthetrum albistylum) et le Sympetrum rouge sang (Sympetrum sanguineum).

Mais la découverte la plus intéressante réside dans l’observation de plusieurs individus adultes de Gomphe de Graslin (Gomphus graslinii).
Cet odonate bénéficie d’une protection nationale et est inscrit aux annexes 2 et 4 de la directive “Habitats”.

Cette espèce présente la particularité d’être très localisée en Europe où on la trouve seulement dans le sud de l’Espagne et dans le sud de la France.
Pour la région Centre, cette libellule méditerranéenne n’est connue que des départements les plus au sud (sud de l’Indre-et-Loire, sud du Loir-et-Cher et l’Indre) et seulement dans quelques localités.
Dans l’Indre, sa présence n’est attestée que par une seule donnée et dans une station à Ciron sur la Creuse où des exuvies ont été ramassées le 15/07/87 (sources : Inventaire National des Odonates).

Cette nouvelle observation au nord du département, sur le Fouzon, confirme donc la présence actuelle de cet insecte dans l’Indre. Comme la plupart des Gomphidés, le Gomphe de Graslin a le corps jaune avec des dessins noirs et les yeux largement séparés. Il peut aisément se confondre avec les autres représentants de cette famille mais les lignes noires sur le thorax, l’étendue du jaune sur les pattes et la dent latérale des cercoïdes (appendices anaux) permettent de le différencier.
La biologie de cette espèce est encore mal connue. On sait néanmoins qu’elle colonise les rivières de plaine dont les eaux sont bien oxygénées et bordées d’une abondante végétation aquatique et riveraine.
La durée totale du cycle de développement de la larve serait de 3 à 4 ans. Dans notre région, on commence à voir les adultes à partir de la mi juin et la période de vol semble durer jusqu’à la fin août.

Les milieux abritant le Gomphe de Graslin sont à surveiller et à protéger compte tenu du caractère endémique de cette espèce et de son aire de répartition très réduite.

Les populations de la région, situées en marge de cette aire, localisées et peu abondantes sont sans doute plus fragiles que celles du sud de la France où les conditions de développement apparaissent comme optimales (climat, habitats des larves et des adultes, etc..).

Il nous faut donc être très vigilants pour conserver et gérer ses milieux et plus particulièrement la qualité des eaux et celle de la végétation aquatique et rivulaire.
Cette protection passe également par une meilleure connaissance des effectifs et des populations.

Par exemple, sur le site des Champs des Iles, il serait judicieux de confirmer le développement larvaire de l’espèce, d’estimer l’importance des effectifs sur le site et les types de milieu où s’effectuent les émergences. Pour cela, il suffit, dans un premier temps, de collecter les exuvies (dépouilles larvaires) et de bien noter les caractéristiques des sites d’éclosion.

Jean-Michel Lett