Parmi les espèces animales de l'Indre les plus gravement menacées figure l'Ecrevisse à Pattes blanches. De nos jours, très peu nombreux sont ceux qui ont pu en observer dans l'Indre...
Pourtant, à écouter les anciens, ce crustacé était très fréquent dans les nombreux ruisseaux de notre département, comme ce fut le cas dans une très grande partie de la France. Mais que s'est-il passé pour en arriver là ? Les raisons de ce dramatique déclin sont hélas nombreuses.
L'une des plus souvent évoquées met en cause les écrevisses exotiques introduites et maintenant très bien acclimatées dans nos milieux aquatiques. Pacifastacus lenuisculus, Orconectes limosus, Astacus leptodactylus.
Arrivées d'horizons lointains, elles seraient des vecteurs sains de la peste des écrevisses, que ne supporterait pas notre écrevisse autochtone.
De plus, la première d'entre elles serait particulièrement agressive et vorace envers Austropotamobius pallipes et se reproduit beaucoup plus vite qu'elle.
D'autres menaces beaucoups plus insidieuses concernent les milieux aquatiques. Le lit des ruisseaux où elles vivent peut être recalibré, l'eutrophisation de l'eau et l'érosion des berges colmatent de vase le fond de l'eau et la décomposition de celle-ci bouleverse parfois dramatiquement la composition physico-chimique de l'eau. Sont en cause, la construction de petits étangs d'agréments en série sur les ruisseaux et leur vidange "sauvage", l'arrachage des haies des berges, les labours juste en limite de berges (parfois même presque dans le lit du ruisseau !!!) , les épandages déraisonnés d'engrais divers, etc.
En 1997, 8 ruisseaux étaient encore connus pour abriter l'Ecrevisse à pattes blanches mais d'après le Conseil Supérieur de la Pêche, plus aucune observation d'Ecrevisse à pattes blanches n'était signalée ces dernières années. Au début 2003 pourtant, deux ruisseaux abritant encore cette espèce rare ont pu être découverts (R.D.) sur deux communes du Boischaut sud.
Bien que cette (re)découverte puisse paraître encourageante pour restaurer l'espèce dans l'Indre, dans le contexte actuel la chose est presque utopique. Les écrevisses exotiques doivent maintenant occuper la presque totalité des milieux aquatiques du département et le peu qui leur reste à coloniser risque fort de l'être dans un futur très proches. D'autre part, les milieux aquatiques qui devraient théoriquement être protégés par diverses lois et réglementations ne le sont malheureusement pas.
Le cas de l'Ecrevisse à pattes blanches est un exemple à méditer.
Nos parents ou grand parents auraient ils cru par le passé que l'Ecrevisse à pattesblanches serait en voie de disparition dans l'Indre ? Gardons nous des raisonnements hâtifs et sachons toujours rester à l'écoute de la nature. Surveiller le statut de conservation des espèces, même des plus communes n'est pas une chose inutile. Pensez par exemple à l'Alouette des champs encore commune chez nous mais qui a disparu de nombreuses régions d'Angleterre et d'Allemagne en raison de l'intensification de l'agriculture. Souhaitons nous une nature réellement pauvre et banale ? Et si non, avons-nous actuellement pleinement les moyens de surveiller et d'entretenir notre richesse faunistique, partie intégrante de notre patrimoine culturel, de notre terroir ...?
Romuald Dohogne