L'actualité : un insecte rare redécouvert en Boischaut sud : le Pique-prune !

Début décembre 2002, le Pique-prune a été redécouvert dans notre département. C'est dans le bocage encore bien préservé du canton de Saint-Benoit-du-Sault en Boischaut-sud que cette espèce à très forte valeur patrimoniale a pu être observée.

Connaissez-vous le Pique-prune ? Osmoderma eremita est une sorte de grosse cétoine (coléoptère voisin du Hanneton) mesurant jusqu'à 30mm de long, d'une couleur très sombre avec des reflets brillants pourpres . Il ne "paye peut être pas de mine" à première vue, mais c'est l'une des espèces les plus rares du département.
Ce coléoptère qui a déjà beaucoup régressé en France, n'a pas été revu dans l'Indre depuis plus de 50 ans. La dernière mention de l'espèce ayant été faite dans les environs d'Argenton sur Creuse. Depuis 1993, le Pique-prune est l'un des rares coléoptères protégés par la loi française. Il est également protégé au niveau européen depuis 1992, dans le cadre de la directive Faune-Flore-Habitat. En région Centre, c'est une espèce déterminante pour l'établissement des Z.N.I.E.F.F. (Zones Nationales d'Intérêts Ecologique Faunistique et Floristique).

Arbre à pique pruneLe principal facteur de disparition du Pique-prune est la raréfaction de ses milieux de vie : il habite de très vieux arbres (au moins 150 ans), qui présentent des ouvertures remplies de terreau de bois. Les adultes et les larves vivent dans ces cachettes et ne les quittent que rarement. Les arbres hébergeant le Pique-prune peuvent se situer dans les bois ou les haies. Anciennement on le trouvait également dans les bourgs de campagne, sur les places des villages. Pour se maintenir sur le long terme, une population a besoin de nombreux arbres à différents stades de dépérissement pour assurer une continuité de la disponibilité en refuges.

Par le passé, le bocage traditionnel, avec surtout l'entretien des arbres en "têtards", était tout à fait approprié au Pique-prune, lui offrant de nombreux arbres propices à son développement. De nos jours, des quantités impressionnantes de haies ont disparu et les arbres de celles qui restent sont très rarement entretenues en "têtards".

Comment rechercher le Pique-prune ? Afin de mieux protéger cette espèce, il est avant tout nécessaire de connaître les endroits où elle vit. C'est pourquoi, des recherches spécifiques devraient lui être consacré. Le "Barbot" est effectivement rare, mais c'est aussi le cas typique de l'espèce qui demande beaucoup d'efforts et d'attention pour sa découverte. Pour le trouver, il faudra explorer les trous des très vieux arbres et rechercher les petites crottes caractéristiques de l'espèce. Elles ressemblent à des "Tic-Tac" noirs, mais plus courts et plus épais. Attention, d'autres coléoptères font des crottes très semblables mais de dimensions moins importantes. Pour plus de certitude, il faut aussi rechercher les restes des adultes (ils ne vivent que quelques semaines) et en particulier le thorax. Ce dernier est particulièrement caractéristique et présente un sillon latéral en son milieu, bordé vers l'avant de l'animal de deux légères proéminences.
Attention lors de vos recherches, soyez très précautionneux et ne cherchez qu'à l'aide de vos mains. Pour protéger le Pique-prune, il faut bien sûr savoir où il vit mais il faut impérativement éviter de détruire malencontreusement des larves ou des adultes lors de vos recherches. N'oubliez pas qu'il s'agit d'une espèce protégée.

Pourquoi protéger le Pique-prune ? Il n'a rien de spectaculaire, ne dépasse pas 30 mm de long, reste caché presque toute sa vie durant et habite des arbres "mourants". Mais quel est l'intérêt de ce petit animal ?
Le Pique-prune est en quelque sorte le porte flambeau d'une faune qui n'a cessé de régresser depuis les bouleversements de certaines pratiques agricoles après la deuxième guerre mondiale. Sa présence désigne celle de milieux ayant un potentiel faunistique très important et abritant de nombreuses espèces protégées ayant un intérêt pour l'agriculture.

Lorsque le Pique-prune disparaît, c'est un cortège de centaines d'espèces vivantes remarquables, utiles aux cultures et aux hommes, qui est en danger : une cohorte impressionnante d'insectes, la Chouette effraie, la Chouette hulotte et le Hibou moyen-duc, grands consommateurs de petits rongeurs, la Chouette chevêche et le Hibou petit-duc qui se nourrissent de grandes quantités de criquets et de papillons de nuits. Mais encore, la Huppe fasciée qui consomme de nombreuses larves de Hannetons (qui elles-mêmes se nourrissent de racines dans les champs et les jardins), des chauves-souris arboricoles telles les noctules ou la Barbastelle dont certaines consomment jusqu'à 60 000 moustiques en 6 mois d'activité !

Conserver le Pique-prune, c'est aussi permettre à des centaines d'espèces animales de survivre, de se maintenir dans nos terroirs et ainsi continuer à enrichir notre patrimoine naturel.

Romuald Dohogne