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Elevages industriels : Stop aux usines à bétail !
Qui n'a remarqué, en se promenant dans les campagnes, ces grands bâtiments "agricoles" fermés avec d'énormes sortes d'entonnoirs à nourriture sur le côté ? Ce sont des élevages intensifs, de porcs, de bovins ou de volailles. C'est un monde clos, un univers concentrationnaire qui ne se visite pas.
Dès lors, pourquoi l'association de protection de l'environnement que nous sommes s'y intéresse-t-elle ? Parce que, si clos qu'il soit, ce monde communique avec l'extérieur, et pas pour lui transmettre ce qu'il a de meilleur !
Ce n'est pas une affirmation gratuite et sans fondement. La loi 76-663 du 19/07/76 impose en effet que doivent être soumises à enquête publique les installations présentant des dangers ou des inconvénients pour la commodité du voisinage, la santé, la sécurité, la salubrité publiques, mais également pour la protection de la nature et de l'environnement.
Or, dans ces projets gigantesques, il y a à la fois des dangers et des inconvénients majeurs.
On a recensé de nombreux inconvénients et de vrais dangers :
- La pollution des nappes phréatiques et des rivières : les déjections animales sous forme de lisiers ou de fientes doivent être évacuées. Pour s'en débarrasser, le moyen le plus pratique et le plus économique reste l'épandage dans les champs. Celui-ci a un rôle de fertilisation qui n'est pas niable, mais les doses raisonnables sont toujours dépassées. La Bretagne en a apporté la démonstration, malgré toutes les garanties initialement apportées.
Ainsi, subissant un apport supplémentaire de nitrates, l'eau des nappes et des rivières est rendue impropre à la consommation. La norme européenne de 50 mg au litre n'est pas respectée, puisque certains taux des eaux de surface peuvent atteindre 80 mg et plus comme en Champagne Berrichonne (98 mg à Brion !). Il n'est donc nul besoin d'en rajouter. Le cultivateur industriel a le "droit" d'épandre de 170 à 210 kg d'azote à l'hectare chaque année. Avant d'user de son droit, quand il n'en abuse pas, il devrait avoir l'obligation d'analyser combien il en reste dans le sol. Or ce n'est pas le cas ! On constate les abus inconscients, en plus de ceux qui sont volontaires.
 - La dégradation des sols : avec le dépôt de tous les résidus de supplémentation de nourriture animale tels que médicaments anti-stress, activateurs de croissance, neuroleptiques, anxiolytiques, vitamines, antibiotiques et métaux oligo-éléments (cadmium, cuivre, manganèse, magnésie, mercure, phosphore, zinc).
- Pollution de l'air : des extracteurs d'air sont indispensables pour que les animaux ne s'asphyxient pas dans une atmosphère confinée. Ils éjectent en permanence de grosses quantités d'air vicié. Pour le projet de porcherie industrielle de Brion, il est prévu d'évacuer 358 000 m3 à l'heure, soit l'équivalent du volume de 9 000 camions de déménagement ! Cela dépasse l'imagination, sauf pour ceux qui, sous les vents dominants, auraient à respirer ces rejets nocifs, porteurs de tout ce qui n'est pas souhaitable de garder à l'intérieur !
Les mauvaises odeurs de l'air rendent intenable la vie des populations environnantes et dévalorisent complètement leur patrimoine immobilier, le rendant même invendable. Qui accepterait de s'installer dans des odeurs insupportables ? Déjà, à Brion, le seul dépôt de projet a stoppé net toutes les transactions.
- Les épidémies fréquentes : peste porcine sévissant en Allemagne et en Hollande, la fièvre aphteuse et la grippe des poulets à Hong-Kong, de nouvelles maladies des lapins et des volailles en France, etc.
Monsieur Petit, chercheur à l'Institut National de Recherche Agronomique (INRA), a démontré que la fréquence des maladies et des traitements dans l'élevage en batterie est bien supérieure à celle observée en élevage extensif à cause de la promiscuité et de la difficulté à nettoyer les locaux. Cela est d'ailleurs de notoriété publique.
- La menace très sérieuse des virus et bactéries pathogènes : ils trouvent dans les élevages industriels un milieu extrêmement favorable à leur développement. Ils y sont, en permanence, confrontés aux antibiotiques qui sont massivement utilisés non seulement comme moyens thérapeutiques mais aussi comme promoteurs de croissance. Cela a pour conséquence de sélectionner, par mutation génétique, des souches de microorganismes résistantes aux antibiotiques. Elles se répandent dans la nature avec les déjections animales et contaminent la flore, la faune, les cultures maraîchères. Elles n'épargnent évidemment pas l'homme qui a bien du mal à s'en débarrasser car les antibiotiques habituels risquent d'être inefficaces.
La communauté scientifique est d'ailleurs aujourd'hui inquiète, à tel point qu'un colloque européen a réuni à ce sujet 250 participants le 3 décembre 1997 à l'Institut Pasteur de Paris. C'est d'autant plus inquiétant, insiste le Professeur Corpet, de l'Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse, qu'aucune nouvelle famille d'antibiotiques n'a été découverte depuis vingt ans. Comment traiter efficacement des maladies affectant l'homme si les souches virales ou bactériennes infectieuses sont désormais résistantes aux médicaments ?
- La condition animale : on ne peut être insensible aux souffrances des animaux entassés et drogués dans de véritables univers concentrationnaires. Ils n'y sont d'ailleurs même plus considérés comme des êtres vivants, mais comme de simples machines à transformer les aliments en viande, dans le minimum de temps et aux moindres frais. Elever des animaux pour s'en nourrir est absolument légitime, mais sacrifier un respect minimum de l'animal pendant sa courte vie sur l'autel de la rentabilité et de la productivité est aujourd'hui intolérable et injustifiable.
Indre Nature ne peut accepter que ces méthodes d'un autre temps soient l'avenir de l'élevage.
- Les pluies acides : selon une toute récente étude hollandaise révélée par le journal Ouest France du 8 décembre 1997, l'élevage intensif serait responsable de leur création à hauteur de 61%.
- Conclusion : Devant cette panoplie impressionnate de nuisances connues, certains n'approuvent pas formellement l'élevage industriel, mais s'y résignent, craignant de passer pour des gens qui entravent le développement de l'agriculture. Mais l'élevage industriel n'est pas de l'agriculture. C'est de l'industrie, ainsi que son nom l'indique. Et son autre appellation "élevage hors sol", est encore plus significative ! En effet il serait tout à fait possible d'installer une porcherie industrielle dans le parking de la place de la République, en plein Châteauroux ! L'épandage des lisiers n'est pas un critère suffisant pour conférer un caractère agricole à cette industrie. Si tel était le cas, pourquoi alors ne pas décréter que les stations d'épuration avec leurs boues sont des entreprises agricoles ?!
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