L'agriculture dite "raisonnée".

Lancée en 1992 pour optimiser la fertilisation des terres, l'opération Fertimieux, n'aura finalement été qu'un leurre. La teneur des eaux en nitrates n' a pas cessé d'augmenter dans les nappes superficielles et, plus grave, dans les nappes profondes.

C'est actuellement l'agriculture dite "raisonnée" qui prend le relais. Mais, jusqu'à preuve du contraire, celle-ci ne renie en rien les pratiques productivistes. Elle vise seulement à les rendre plus présentables alors que leur bilan est catastrophique :

  • La qualité de l'eau ne cesse de se dégrader en raison de l'agriculture intensive qui abuse des nitrates et des pesticides, conclusion de la toute récente étude du professeur J.C. Lefeuvre du Muséum d'histoire naturelle révélée par "Le monde" du 19 mai 2000.
  • La pollution de l'air par les pesticides, répandus sur les 18 millions d'hectares cultivés, dont 25 % à 75 % se dispersent dans l'atmosphère selon la revue "Environnement Magazine" de Mai 2000 et "Le Monde" du 10 mai 2000.
  • L'élevage industriel sur caillebotis producteur du lisier polluant et consommateur de soja américain par lequel les O.G.M. arrivent dans nos assiettes.
  • La monoculture sans élevage des plaines céréalières qui bourrées d'engrais, de pesticides et de métaux sont en passe de devenir des terres stériles.
  • La disparition de 3,5 millions d'hectares de prairies labourées de 1950 à 1994, le remembrement excessif, l'arrachage des haies, la suppression des fossés, etc.
  • L'irrigation chaque année plus importante, qui assèche les cours d'eau et ponctionne anormalement les nappes phréatiques.
  • La diminution inquiétante du nombre d'abeilles, empoisonnées par les produits neurotoxiques alors qu'elles assurent la pollinisation de dizaines de milliers d'espèces végétales.

Les agriculteurs ne sont pas les principaux responsables, car ils ont été poussés dans ce système dont ils ne mesuraient pas les conséquences désastreuses.

André Chandernagor le dit fort bien : "l'intervention de la pensée industrielle dans l'agriculture repose sur l'idée erronée que la nature toute entière et la vie dont elle est porteuse pourraient être conduites selon les règles applicables à la matière morte."

L'agriculture intensive sous son nouvel habillage "raisonné" ne peut que susciter la méfiance. Elle est pilotée par l'association Farre-Forum de l'Agriculture Raisonnée Respectueuse de l'Environnement - présidée par Christian Lambert, à la tête d'une porcherie industrielle et ancienne présidente du CNJA. Et tous les grands noms de la chimie en font partie : Association Nationale des Industries Agro-alimentaires, Association Nationale Professionnelle pour les Engrais et les Amendements, Bayer France, Compagnie Générale des Insecticides, Dupont de Nemours France, Monsanto France, Novartis, Rhone Poulenc Agro, etc. Et Novartis siège au conseil d'administration, il y a tant d'intérêts financiers en jeu !

On est loin de l'agriculture "durable". Celle qui repose sur l'équilibre sol, plantes, animaux. Celle qui incite à cultiver les végétaux les mieux adaptés à la terre et au climat ainsi qu'à loger les animaux sur litière. Celle qui consomme le moins de subventions, permet de vivre sur les petites exploitations, crée des emplois et conforte le tissu rural.

L'agriculture de demain doit être durable et... endurable.

Christian Germinet - le 2 juin 2000