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Hécatombe chez les abeilles

Les nouveaux insecticides systémiques, neuro toxiques.
Leurs effets sur les abeilles, la faune auxiliaire et l'environnement.

Cette nouvelle génération d'insecticides est de plus en plus utilisée.
Il s'agit en premier lieu de «Gaucho» de Bayer (imidaclopride), de «Régent» de Rhône-Poulenc (fipronil), et d'autres suivent...
Les homologations ont été données pour un certain nombre de cultures. Ainsi pour le «Gaucho» : les betteraves, le blé, l'orge, le maïs, le tournesol. La demande a été faite pour le colza.

Là, il ne s'agit plus de pulvériser les cultures. Le principe est d'enrober les graines de semence, avec la matière active, laquelle va diffuser et monter avec la sève, et rendre toxique la plante toute entière. Le produit agit ensuite, et par contact, et par ingestion.
Malheureusement, les effets ne sont pas seulement spécifiques des insectes aériens visés (pucerons en particulier) ; les effets sont les mêmes sur la faune auxiliaire utile (coccinelles et autres), et bien sûr les pollinisateurs, dont en premier lieu, les abeilles.
Les premiers effets catastrophiques sur les abeilles ont eu lieu en 1994, première année d'utilisation sur tournesol. Depuis, la profession apicole mène un combat pour sa propre survie et la sauvegarde des abeilles, mais ce combat dépasse son propre intérêt. Il touche à la fois l'environnement et l'homme.

Où en sommes-nous ?

  • Depuis plusieurs années, au plan national, des recherches importantes ont été conduites avec le concours de l'INRA, du CNRS et de l'AFSSA. Recherches financées par la profession apicole et, en partie, avec des fonds européens.
  • Ces recherches ont entièrement démontré ce que nous pensions dès les premières intoxications, soit la très grande rémanence, la très longue durée de vie du produit, la matière active étant hélas encore bien présente au moment des floraisons
  • Ceci a été vérifié pour le tournesol et tout autant pour le maïs sur lequel les abeilles récoltent le pollen. Pire encore, les analyses des sols démontrent la présence constante du produit au minimum deux ans après le semis d'une culture traitée.
  • Prenons un exemple concret : après une culture d'orge d'hiver, traitée «Gaucho», la culture suivante, tournesol, sera semée 18 mois plus tard. Et bien ce tournesol, lui non traité, reprendra la matière active encore présente dans le sol.
  • Nous avons obtenu du Ministère de l'Agriculture, l'interdiction d'emploi du «Gaucho»,sur tournesol. Hélas, cela ne résoud pas les problèmes, puisque la matière active dispersée par les autres cultures (blé, orge, maïs), reste disponible dans les sols et sera reprise par les cultures suivantes, y compris les adventices.
  • Tout cela est démontré par les très nombreuses analyses du CNRS et vérifié par le CETIOM.
  • Or, une Directive européenne (91/414 Annexe VI) condamne les produits phytosanitaires dont le DT 50 (=degradation time ou demi-durée de vie dans le sol), dépasse 90 jours. Et nous savons que la demi-durée de vie de l'imidaclopride dans les sols est de 180 à 300 jours, selon la nature des sols. Ce qui explique la très longue disponibilité du produit. Cette directive, hélas non appliquée en France, vise, outre la protection des insectes utiles, la pollution des nappes phréatiques.

Quelles en sont les conséquences pour l'apiculture ?

  • Des pertes très importantes d'abeilles pendant ces floraisons toxiques, affaiblissement des colonies et pertes de cheptel importantes en automne et hiver.
  • Des pertes de récolte considérables.
  • Des difficultés économiques insurmontables, chez beaucoup d'apiculteurs professionnels.
  • Des abandons définitifs, à la fois chez les pluri-actifs et chez les apiculteurs amateurs.
  • Une disparition progressive du cheptel apicole : guère plus d'un million de ruches aujourd'hui contre deux millions il y a vingt ans.
  • Avec toutes les conséquences potentielles, sur certaines productions agricoles, fruitières, oléagineuses, légumineuses et bien d'autres.
  • Et des conséquences incalculables sur l'environnement.
  • Dans nos régions d'Europe, 20 000 espèces végétales, au moins, dépendent des abeilles pour leur pollinisation entomophile croisée, indispensable à leur reproduction.

M. Mary (Domaine apicole de Chezelles)
Vice-président de l'Union Nationale de l'Apiculture Française
le 5 juillet 2000