Le blaireau bouc émissaire de l’ignorance

Une bien mauvaise réputation

Le blaireau (Meles meles) a une telle mauvaise réputation que son nom en est devenu une injure. On reproche au plus grand mustélidé d’Europe (la famille des fouines, martres et autre belettes) de faire des dégâts dans les cultures voire les poulaillers, de détruire le gibier, d’être à l’origine d’effondrements de terrains, de véhiculer des maladies - pendant un temps ce fut la rage maintenant c’est la tuberculose bovine - et même de provoquer des accidents de la route dont ils sont pourtant les premières victimes. C’est au point que pour certains il n’y a qu’une chose à faire, le détruire à tout prix. Et pour cela le génie des chasseurs et piégeurs est sans limite ; on l’a empoisonné, gazé, piégé, et il existe même une vénerie spécialisée dans son déterrage qui consiste à creuser un trou à la verticale du terrier pour aller en extraire les animaux qui s’y sont réfugiés une fois toutes les issues bouchées. L’opération peut durer des heures voire des jours pendant lesquels l’animal attend terrorisé qu’on vienne le cueillir avec des pinces.

 

Pourquoi un tel acharnement ?

L’origine est plus à rechercher du côté de la persistance d’une superstition qui depuis le Moyen-âge associe ses mœurs nocturnes et sa vie souterraine à quelque diablerie, et de la méconnaissance de la biologie et du comportement réel de cet animal dont les dégâts qu’il peut occasionner sont en réalité bien moindre que ceux que ses détracteurs lui attribuent.

Blaireau

Blaireau à la sortie de son terrier (capture d’écran caméra B. Roggy)

Un animal protégé et chassé !

Le blaireau a peu d’ennemis naturels et son principal prédateur est finalement l’homme à travers la chasse, les destructions volontaires ou involontaires lors des accidents de la route qui constituent sa première cause de mortalité. En France le nombre de blaireaux ainsi tués annuellement est estimé à 30 000. Après de nombreuses années de diminution la population semble se stabiliser autour de 150 000 individus grâce à l’interdiction dans les années 1990 du gazage, de l’empoisonnement et du piégeage. En effet le blaireau est inscrit à l’Annexe III de la Convention de Berne ce qui en fait une espèce partiellement protégée mais pouvant faire l'objet d'une exploitation si la densité de ses populations le permet. Il est d’ailleurs totalement protégé dans certains pays de l’Union européenne : Espagne, Grande-Bretagne, Luxembourg, Italie, Belgique, Pays-Bas, Danemark, Grèce, Irlande, Portugal.
En France, depuis 1987 il ne peut en aucun cas être classé nuisible, ce qui a pour conséquence l’interdiction du piégeage. Par contre l’espèce ne bénéficiant pas du statut d’espèce protégée , sa chasse est autorisée pendant la période d’ouverture générale de la chasse entre le 15 septembre et le 15 janvier. Mais le blaireau peut bénéficier d’un « traitement de faveur » consistant en une « extension de la période d’ouverture de la chasse » à partir du 15 mai pendant laquelle la « vénerie sous terre » c'est-à-dire la chasse par déterrage est autorisée. La logique voudrait que cette extension ne soit autorisée que si l’accroissement de la population de blaireau et les risques potentiels qu’elle peut générer la justifient d’autant qu’à cette période les jeunes blaireaux de l’année ne sont pas émancipés et qu’une telle pratique les condamne irrémédiablement ce qui est rigoureusement interdit par le Code de l’environnement (article L. 424-10) qui stipule qu’il « est interdit de détruire (…) les portées ou petits de tous les mammifères dont la chasse est autorisée ». Cette extension est d’ailleurs supprimée dans de nombreux départements ainsi que dans les forêts domaniales.

 Dessin charb

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[1] Les associations ASPAS et Meles ont lancé une pétition nationale pour l’interdiction du déterrage sous terre du blaireau. Pour signer la pétition http://www.mesopinions.com/petition/animaux/stop-deterrage-blaireaux/12123

Les recours et les étapes de la procédure judiciaire

Indre Nature par l’intermédiaire de son avocat spécialisé a déposé devant le Tribunal Administratif de Limoges les recours suivants :

  • Un recours contre l'arrêté du préfet de l'Indre n° 2016-1705-DDT 067 du 17 mai 2016 fixant les dates d'ouverture et de clôture de la chasse pour l'année cynégétique 2016-2017 dans le département de l'Indre

o A titre principal, contre l'article 3 de autorisant pour une période complémentaire du 1er juillet au 31 juillet 2016 et du 15 mai au 30 juin 2017 dans tout le département la chasse sous terre au blaireau,

o A titre subsidiaire, contre l'arrêté dans sa totalité

  • - Une requête en référé demandant la suspension

o A titre principal, de l'article 3 de autorisant pour une période complémentaire du 1er juillet au 31 juillet 2016 et du 15 mai au 30 juin 2017 dans tout le département la chasse sous terre au blaireau,

o A titre subsidiaire, de l'arrêté dans sa totalité

7 juillet 2016 : Le Tribunal administratif a accusé réception des deux requêtes
28 juillet 2016 : Date de l’audience fixée par le TA pour l’examen de la requête en référé.

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